Lorsque Anthony Napoli a quitté les terrains de jeu après sa carrière de joueur, il n’a pas imaginé que son destin serait lié à un autre rôle crucial du rugby : celui d’arbitre. Son parcours, marqué par des choix inattendus et une passion indéniable pour le sport, illustre la transformation d’un ancien joueur en figure centrale de l’arbitrage amateur.
L’idée de devenir arbitre a germé après une opportunité qui semblait trop belle pour être vraie : participer à la Coupe du monde de 2015. « J’ai dit à ma femme que je serais payé pour voir les matchs, et le lendemain, elle m’a inscrit à un stage d’arbitrage », explique-t-il avec un sourire. Cette décision a marqué le début d’une nouvelle ère. Pour lui, l’arbitrage permet de rester proche du rugby sans être soumis aux contraintes des entraînements réguliers. « Être arbitre offre plus de liberté, surtout en amateur », ajoute-t-il.
La formation est un pilier essentiel pour tout arbitre débutant. Anthony a suivi une progression rigoureuse : après quatre matchs initiaux, il a obtenu son diplôme territorial et fédéral, lui permettant d’arbitrer dans des compétitions de niveau élevé, comme la Fédérale 2 ou les catégories jeunes. Cependant, ses ambitions ne s’arrêtent pas là. « Mon rêve est d’être à la touche en Top 14 ou en Pro D2 », confie-t-il, soulignant la pression constante liée à ce métier. Les arbitres sont supervisés régulièrement pour leur gestion des décisions, et les postes restent rares.
Passer du statut de joueur à celui d’arbitre a nécessité un travail intense sur soi-même. « À l’origine, j’arbitrais comme un joueur, en négligeant certaines fautes », admet-il. L’impartialité est une exigence absolue : « Le rôle de l’arbitre n’est pas d’être un ami des joueurs, mais le garant des règles. » Cette transition a été difficile, surtout pour les premières années où il devait revoir sa vision du jeu.
Les règlements évoluent constamment, et Anthony s’adapte grâce à des formations régulières. « Les cas vidéo et la « bible » des règles sont notre guide », explique-t-il. Cependant, l’arbitrage amateur reste plus isolé que son homologue professionnel. « En Top 14, il y a plusieurs arbitres avec une vidéo, mais même là, les erreurs arrivent. Ici, on fait avec ce qu’on a », ajoute-t-il.
Malgré ces défis, Anthony milite pour attirer davantage de joueurs vers l’arbitrage. « Le rugby corse souffre d’un manque criant d’arbitres », dit-il. En Corse, où tout le monde se connaît, convaincre des anciens joueurs n’est pas évident. Pourtant, il insiste : « Sans arbitres, il n’y a pas de match. C’est une façon de rester dans le sport, de voyager et de rencontrer d’autres personnes. »
Aujourd’hui, Anthony arbore son sifflet avec fierté, sachant que chaque décision peut changer la trajectoire d’un jeu. Son histoire est un rappel que le rugby, en amateur comme en professionnel, repose sur des équipes invisibles mais indispensables : les arbitres.