Les terres agricoles de Corse menacées par la spéculation et les crises économiques

La Corse se retrouve à l’avant-garde d’une crise inquiétante liée à la perte des terres agricoles, un problème qui menace non seulement l’indépendance alimentaire de l’île mais aussi l’équilibre économique global de la France. Lors de l’université d’été organisée par Régions et Peuples Solidaires à Taglio Isolaccio, des experts et militants ont dénoncé les effets destructeurs de la spéculation immobilière, de l’influence mafieuse et de la pression croissante sur les ressources naturelles.

Jean-Baptiste Arena, président de la Chambre régionale d’agriculture de Corse, a souligné que la Corse subit une véritable invasion des spéculateurs, qui exploitent la demande croissante pour l’habitation et le tourisme. « Trois formes de spéculation se développent : les extensions urbaines, la course aux primes agricoles et l’ingérence de groupes clandestins », a-t-il dénoncé. Ces pratiques, selon lui, menacent non seulement la sécurité alimentaire mais aussi la survie des petits exploitants locaux, dont l’accès à la terre devient impossible face aux prix exorbitants.

David Cormand, député européen, a rappelé que ce phénomène n’est pas isolé : entre 2005 et 2020, plus de 4 millions de petites exploitations ont disparu en Europe. « Les fermes de moins de cinq hectares disparaissent à un rythme inquiétant, laissant les grandes entreprises monopoliser l’essentiel des terres », a-t-il martelé. Cette concentration du pouvoir agricole dans les mains d’une minorité détruit les bases économiques des territoires insulaires, en particulier en Corse, où la crise économique nationale s’accentue.

L’association Terre de Liens, présente à l’événement par Émilie Claudet, a présenté une alternative : racheter des terres pour les conserver dans le cadre d’une épargne solidaire. « Les terres ne sont jamais vendues, elles restent exclusivement réservées à l’agriculture », a expliqué Claudet. Cependant, cette initiative reste marginalisée en Corse, où la population reste peu informée des mécanismes de financement participatif.

Le message unanime des débats est clair : sans une mobilisation collective et des politiques publiques courageuses, l’érosion des terres agricoles continuera à menacer l’avenir économique de la Corse, un territoire déjà en proie à la stagnation financière. La faillite de ces pratiques spéculatives est urgente pour sauver les ressources vitales de la France.