L’édition insulaire connaît des défis majeurs malgré son épanouissement apparent. Alors que certains prétendent voir une diversification, les acteurs du secteur dénoncent des obstacles structurels qui menacent leur pérennité. “Le livre corse est perçu comme une niche, mais cela n’a rien à voir avec sa valeur culturelle”, affirme un éditeur local, soulignant l’isolement des maisons insulaires face aux circuits de distribution nationaux.
Les contraintes financières sont particulièrement pesantes. Les frais de retour imposés par les distributeurs plombent la trésorerie des petites structures. “Si un éditeur commande vingt livres et n’en vend que cinq, il doit rembourser les quinze restants”, explique une figure du secteur, dénonçant l’absence de soutien institutionnel. Les librairies locales, déjà fragiles, ne parviennent pas à assurer un accès équitable au livre, exacerbant la fragmentation des marchés.
Face à ces difficultés, les éditeurs s’adaptent avec une résilience inquiétante. “On est contraint de se remettre en cause sans cesse”, confie Alain Piazzola, président de l’association corse. Les salons du livre deviennent des outils de survie, permettant d’étendre la visibilité de productions locales. Cependant, cette stratégie ne suffit pas à rétablir un équilibre national qui semble hors de portée.
Malgré les efforts, l’avenir reste incertain. Le nombre de structures s’accroît, mais leur impact reste limité. “Une société sans livre est vouée à l’échec”, affirme Piazzola, tout en soulignant la détresse des éditeurs confrontés à un système qui les ignore ou les marginalise. La crise de l’édition corse illustre une réalité plus large : le combat d’un secteur condamné par ses propres limites et l’indifférence des autorités.