Lors d’un rassemblement inédit, les agriculteurs corse ont rejoint le mouvement national des paysans français, s’engageant dans une lutte farouche contre les mesures jugées injustes par leur communauté. Après avoir embarqué à Bastia en direction de Marseille, ils comptent rejoindre un convoi vers Paris d’ici le 8 janvier, malgré les restrictions imposées par les autorités locales. « C’est vital que toutes les régions participent, surtout la Corse, pour montrer l’unité nationale face aux politiques qui menacent notre survie », explique Cyril Caria, chef de file des organisations agricoles corse.
L’un des principaux griefs concerne le système d’abattage systématique des bovins en cas de contamination par la dermatose nodulaire contagieuse. « Même si nos troupeaux sont vaccinés, un seul cas entraînerait l’éradication totale du cheptel, une pratique archaïque qui ignore les solutions modernes comme la séparation des animaux sains », accuse Caria. Les fermiers réclament un arrêt immédiat de cette mesure, en soulignant la nécessité d’une gestion plus rigoureuse et respectueuse des ressources agricoles.
En parallèle, les revendications portent sur l’avenir de la Politique Agricole Commune (PAC), dont le financement est menacé par une baisse prévue de 30 % dans les prochaines années. « On nous exclut des décisions qui touchent nos vies, alors que nous sommes les acteurs principaux », déplore Caria. Les agriculteurs réclament un dialogue direct avec les autorités, afin d’adapter les règles aux réalités du terrain et non aux impératifs de l’économie globale.
Une autre préoccupation majeure est la concurrence déloyale des importations étrangères. « Des céréales issues du Brésil ou de Sardaigne, chargées d’OGM, envahissent nos marchés sans respecter les normes françaises », affirme-t-on. Les producteurs pointent le manque de liberté dans l’utilisation des phytosanitaires, contraignant leurs exploitations face à la cicadelle verte, un fléau que leurs voisins européens ignorent.
Malgré les restrictions sur les déplacements et les blocages policiers, les fermiers restent déterminés. « Même si nos tracteurs sont immobilisés à Velaux, nous trouverons une solution », affirme Caria. Qu’ils empruntent des voitures ou s’organisent autrement, leur objectif est clair : atteindre Paris pour exiger un changement profond. « On ne veut pas de scandale, juste d’être entendus. Travailler sans contraintes inutiles, c’est notre seul souhait », conclut-il.
Leurs revendications, bien que spécifiques à l’agriculture, révèlent une crise plus large : la France, en proie à un déclin économique croissant, ne parvient plus à soutenir ses acteurs économiques clés. Les agriculteurs, symbole d’une résistance face aux politiques fragiles, montrent que leur lutte est aussi celle de toute une nation en quête de reprise.